4.10.08
















SALADE LOUISIANAISE

Dans le bulletin n° 350 (July 2008) de l’AIS, j’ai trouvé un article signé Robert Treadway (vice-président de l’AIS pour l’Arkansas) qui fait le point sur les origines des iris de Louisiane. Le présent article est largement inspiré de ce texte.

En matière d’iris, la salade louisianaise se compose de cinq ingrédients :
I. I. hexagona – Walter 1788
II. I. fulva – Ker-Gawler 1812
III. I. giganticaerulea – Small 1929
IV. I. brevicaulis- Rafinesque 1817
V. I. nelsonii – Randolf 1966
Ils constituent la série HEXAGONAE de la section Limniris, du genre IRIS selon la classification Rodionenko.

Ils sont classés ci-dessus dans l’ordre de leur découverte en milieu naturel.

Iris hexagona, a été décrit par Walter dès 1788. Il présente des fleurs allant du bleu pâle au rose, voire pourpre, rarement blanches. Les sépales retombants s’étalent largement. A noter, le signal jaune, très visible. Les pétales, redressés, sont plus petits et plus étroits que les sépales. Les fleurs s’élèvent au-dessus du feuillage, persistant. Les touffes deviennent rapidement volumineuses. Elles poussent dans les prairies humides ou les marécages, spécialement en Louisiane, mais aussi dans tout le sud des USA, remontant vers le nord le long des cours d’eau. C’est la plante emblématique du Sud, c’est pourquoi cet iris est surnommé « Dixie Iris ».

Iris fulva a été décrit en 1812. Avec ses délicates fleurs d’un brun-rouge cuivré, rarement jaunes, c’est lui aussi une espèce originaire du sud des Etats-Unis que l’on trouve dans les parties humides, tout du long de la vallée du Mississipi et de ses affluents jusqu’aux portes de Chicago, dans l’Illinois. Ses larges sépales arqués vers le bas, sont marqués d’un signal jaune, tandis que ses pétales, également incurvés, sont un peu plus étroits que les sépales. Il n’y a guère plus de deux fleurs par tige. Elles s’élèvent au-dessus d’un feuillage falciforme qui provient de touffes généralement volumineuses.

Iris brevicaulis est plus discret, mais il pousse dans une aire très vaste allant du Golfe de Mexique à la frontière du Canada. On le surnomme « Zigzag iris » en raison de ses tiges qui ne se dressent pas mais se courbent à 45° pour laisser de l’espace aux fleurs qui naissent à chaque aisselle. Il se distingue des autres iris de la série par des sortes de fausses barbes jaunes sur les sépales. C’est l’espèce naine des HEXAGONAE : il ne dépasse pas 50cm de haut. Dans la description des fleurs qu’il en donne dans le n° 132 d’Iris & Bulbeuses, Jean Louis Latil écrit : « largement ouvertes, à pétales étalés et sépales retombant, diamètre 6 - 10 cm, de couleur variable allant du bleu-pourpre au bleu-violet pâle. Les fleurs sont généralement à l'intérieur du feuillage. »

Iris giganticaerulea, comme son nom le laisse à penser, est le plus grand des iris de Louisiane. C’est aussi l’espèce la plus commune. Il peut dépasser 1 mètre de hauteur et les feuilles elles-mêmes atteignent plus de 90cm de longueur. Il se trouve en abondance le long du Golfe du Mexique, tout autour de New Orleans. Même si chaque tige ne porte qu’une ou deux fleurs, il arrive à former une vaste étendue bleue là où il s’étale, dans un milieu humide et dans un climat doux. Ses larges sépales, ses pétales dressés vers le ciel, en font une des merveilles des bayous de Louisiane.


Iris nelsonii est la dernière espèce à avoir été découverte, dans le marais de la paroisse (c’est ainsi qu’en Louisiane on appelle ce qui ailleurs aux USA est dénommé un comté) de Vermilion, près de la petite ville d’Abbeville (d’où le surnom de « rouge d’Abbeville »). Mais s’agit-il vraiment d’une espèce ? Beaucoup pensent qu’il s’agit d’un ménage à trois entre I. fulva, I. brevicaulis, et I. giganticaerulea. Peut-être un hybride, donc, mais un hybride stabilisé à qui on peut attribuer le statut d’espèce. C’est L.E. Randolph, qui en a fait la description précise en 1966, et l’a baptisée du nom de Iris nelsonii, en hommage à Ira S. Nelson, un universitaire qui, à partir de 1941, a développé l’hybridation des iris de Louisiane. Il constitue de vigoureuses touffes d’un feuillage étroit, très vert, couronné au moment de la floraison par de jolies fleurs dans les tons de rouge vineux.

La recette de la salade louisianaise s’est élaborée à partir des quatre premières espèces, la cinquième est venue plus tard l’enrichir et lui apporter le coloris rouge qui n’existait pas au début. Peu à peu s’est constituée la catégorie des iris hybrides de Louisiane, ou Louisianas, qui est devenue la plus populaire et la plus riche après celle des grands iris (TB). C’est même la catégorie majoritaire en Australie. C’est une belle aventure qui mérite d’être contée, mais, comme dit Rudyard Kipling, « ceci est une autre histoire ».

27.9.08
















KEPPEL CONTRE CAYEUX

‘Parisien’ (Cayeux R. 94) = Rebecca Perret x ((Palomino x Emma Cook) x Tahiti Sunrise)
‘Ruban Bleu’ (Cayeux R. 97) = (Alizés sib x Love Bandit) X (Condottiere x Delphi)
‘Rebecca Perret’ (Cayeux R. 92) = (Condottiere x Delphi) X (Alizés x (Condottiere x Lunar Rainbow))

‘Gypsy Lord’ = Last Laugh X (Braggadocio x Romantic Evening)
‘Last Laugh’ (Shoop/Keppel 2000) = semis x Parisian Flight
‘Parisian Flight’ (Shoop 93) = (American Beauty x (French Connection x American Beauty)) X (( French Connection x American Beauty) x French Connection sib)
‘French Connection’ (Shoop 87) = Delphi X Condottiere

‘Gypsy Lord’ (Keppel 2005) vient de remporter la Franklin-Cook Cup lors de la dernière Convention de l’AIS à Austin, au Texas. Avec ses pétales d’un blanc pur, ses sépales marbrés de bleu-indigo vif et ses barbes minium, on est frappé par sa ressemblance avec les iris « bleu-blanc-rouge » de Richard Cayeux, et on peut se demander si ces variétés n’ont pas quelque chose en commun.

Un coup d’œil à ‘Ruban Bleu’ (Cayeux 97) démontre une réelle ressemblance : pétales également blancs, sépales au même dégradé partant d’un bleu pratiquement identique, et barbes un peu plus claires, mais très voisines. Chez ‘Parisien’ (Cayeux 94), on a des barbes plus vives, mais c’est le bleu des sépales qui s’éclaircit. Bref, ces iris ont un air de famille. En fouillant bien dans leurs pedigrees on devrait trouver pourquoi.

Ce parent commun, à l’origine de l’association « bleu-blanc-rouge », est un semis dont la famille Cayeux peut être fière : Condottiere X Delphi. Dans son livre « L’Iris une Fleur Royale », Richard Cayeux raconte son origine, et le cadeau que fit George Shoop de quelques étamines de ‘Delphi’ (Shoop 79). Le pollen apporté des USA, déposé sur les styles de ‘Condottiere’, a donné naissance à un semis qui fait partie de ces éléments miraculeux dont l’histoire des iris regorge. Dans le tableau ci-dessus il se trouve à l’origine de ‘Rebecca Perret’ (92) qui est l’élément le moins coloré d’une famille qui compte aussi ‘Bal Masqué’ (91), ‘Marbre Bleu’ (93) et ‘Vive la France’ (91). ‘Parisien’ (94) descend directement de ‘Rebecca Perret’, avec en plus la touche bicolore spéciale de ‘Emma Cook’ (Cook 57). Il tient de ‘Rebecca Perret’ un teint pastel qui lui donne beaucoup de charme. ‘Ruban Bleu’, lui, plus vivement coloré, est issu du fameux croisement mais avec l’apport de ‘Love Bandit’ (Blyth 77), bicolore un peu terne, dragée/lilas, mais avec des barbes soutenues rose corail.

La lecture du pedigree de ‘Gypsy Lord’ ne parle pas du premier coup. Il faut aller chercher au-delà le lien de parenté entre les deux lignées. La touche Keppel (Braggadocio x Romantic Evening) est là pour aviver les couleurs, mais celles-ci proviennent de ‘Last Laugh’ un iris dont Keppel a hérité au décès de George Shoop et dont il a pressenti les aptitudes. Ce ‘Last Laugh’ (un nom choisi par Keppel avec son sens aigu de l’amitié, qui honore le dernier éclat de rire de George Shoop) a lui-même un pedigree un peu énigmatique. On ne sait rien du semis qui lui a servi de mère. En revanche on connaît son « père », ‘Parisian Flight’ (Shoop 93) - un nom qui fait sûrement allusion au voyage dont Richard Cayeux a fait le récit – qui est l’équivalent américain de ‘Rebecca Perret’, avec des teintes pastel, plutôt ternes, mais relevées par des barbes mandarine bien visibles. Dans le pedigree de ce ‘Parisian Flight’ on trouve à trois reprises le nom de ‘French Connection’ (Shoop 87). Et qui est ce ‘French Connection’, le bien nommé ? Rien d’autre qu’une autre version du croisement mythique de la famille Cayeux (Condottiere X Delphi) !

Ainsi, par deux voies apparemment différentes, d’un côté comme de l’autre de l’océan Atlantique, Le croisement (Condottiere X Delphi) a engendré des iris tellement proches dans leur coloris et dans leur modèle qu’on aurait pu penser qu’ils étaient frères. Mais la preuve est faite que l’on peut se ressembler de plus loin, et le petit jeu de piste qui consiste à analyser les pedigrees se révèle aussi passionnant que la résolution d’une énigme policière.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

De Russie

Le concours d’iris de Moscou a récompensé cette année les variétés suivantes :
1 – AKVAREL (Gavrilin 2005) – variégata contrasté ;
2 – NA KORRIDE (Loktev 2005) – bitone jaune/olive ;
3 – BRATISLAVA (Krasheninnikov 2005) – variégata pastel.

Pourquoi ne voit-on jamais d’iris russes en Europe occidentale ? Parce que les autorités russes ne délivrent pas les certificats phytosanitaires exigés par l’UE. Si l’on trouve parfois, c’est qu’ils sont parvenus à l’Ouest clandestinement.

19.9.08




LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Variations en jaune et blanc

Ces deux photos juxtaposent deux iris du type ‘Joyce Terry’, bien mis en valeur par le fond flou et dans un ton de brun sans agressivité.



SÉRAPHIN-JOSEPH MOTTET
Le bras droit des Vilmorin

Il y en a qui préfèrent rester fidèles et inconnus plutôt que d’obtenir une gloire personnelle. Séraphin Mottet fut de ceux-là. Mais le cas n’est pas si fréquent et l’histoire de cet homme exceptionnel mérite bien d’être contée.

Celui qui en a parlé le mieux est sans conteste Clarence Mahan dans son ouvrage « Classic Irises and the Men and Women who created them ». La présente biographie fait largement appel aux connaissances de cet Américain, grand ami de la France et sommité dans le monde des iris.

Séraphin Mottet est né en 1861 et, après des études scientifiques, est entré chez Vilmorin-Andrieux en 1880. La plus grande part de sa vie professionnelle s’est déroulée au sein de cette entreprise majeure à laquelle il est toujours resté fidèle et dévoué. Par la suite, celui qui était si longtemps resté dans l’ombre de Henri, Philippe puis Jacques de Vilmorin a volé de ses propres ailes et, consacré son temps à l’enseignement et à l’écriture.

La loyauté est sûrement la qualité majeure de Séraphin Mottet : si la maison Vilmorin, au début du 20eme siècle, a été la référence en matière d’iris, c’est à cet homme qu’elle le doit, mais il n’y a aucune variété qui porte entre parenthèses le nom de Mottet. Pourtant des iris comme ‘Ambassadeur’ (1920) et ‘Alliés’ (1922) (1) sont très certainement l’œuvre de cet homme.

Clarence Mahan le décrit comme une personne de petite taille, toujours tirée à quatre épingles, avec une élégance un peu appuyée. D’après lui, il aurait pu servir de modèle à Agatha Christie pour son célèbre Hercule Poirot, avec néanmoins une barbe toujours impeccablement taillée, ce que ne porte pas le fameux détective ! Sous cette apparence particulière se trouvait un personnage cultivé, parlant parfaitement l’anglais, au point de traduire des ouvrages de botanique ou d’horticulture. Car les iris ne constituaient pas son seul pôle d’intérêt. Dès 1892 il a rédigé, seul ou en compagnie d’autres botanistes, un grand nombre d’ouvrages didactiques sur les rosiers, les pommes de terre, les œillets ou les conifères… Mais c’est cependant aux iris qu’il a consacré la majeure partie de son œuvre. Avec, notamment, en 1923, un système de classification selon les couleurs, réparties en huit classes et de nombreuses sous-classes. Ainsi la classe VII (les variegatas), comporte-t-elle quatre sous-classes. A son époque il était considéré comme l’une des plus éminents connaisseur des iris. D’ailleurs la British iris Society, dès la première promotion de la Foster Memorial Plaque, en 1926, a honoré Séraphin Mottet en compagnie de l’Anglais George Yeld et de l’Américain John Foster.

Le sommet de sa carrière a été atteint en 1922 lors de la Conférence Internationale sur les Iris. C’était un projet de Philippe de Vimorin, dont il fut question dès 1914. Mais la guerre, et la disparition de Philippe de Vilmorin en 1917, en ont retardé la réalisation. La Conférence n’a pu se tenir qu’en 1922, mais ce fut un événement de portée mondiale. Les quarante et quelques participants, venus de Grande Bretagne, des Etats-Unis et, bien entendu, de France, la patrie des iris à l’époque, furent accueillis à Verrières le Buisson par la famille Vilmorin. Ils visitèrent, évidemment les plantations de la maison Vilmorin-Andrieux, mais aussi celles de leurs confrères parisiens, au Petit Vitry (Cayeux) et à Bourg la Reine (Millet). Séraphin Mottet fut à l’honneur, même s’il venait alors de quitter l’entreprise à laquelle il avait été si étroitement attaché pendant plus de quarante ans, pour devenir professeur à l’Ecole d’Horticulture d’Igny.

Il est décédé en 1930, à un moment où l’étoile des Vilmorin s’était peu à peu effacée devant le soleil de Ferdinand Cayeux et de ses nombreuses et superbes réalisations.

(1) Il ne faut pas se fier aux dates d’enregistrement, les variétés Vilmorin datent pour la plupart d’avant la guerre de 14.

Source : Classic Irises and the Men and Women who Created Them (C. E. Mahan – Krieger Publishing Company – 2007).

12.9.08


ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un IB intéressant
Michaël Sutton (le fils de George Sutton) qui fait partie des hybrideurs qui montent, a proposé cette semaine sur « Iris-Photos » un de ses petits derniers, ‘Bahama Blues’, qui accumule les pôles d’intérêt. Non seulement cet iris intermédiaire est d’une couleur originale, mais il présente des barbes bleues impressionnantes, il est fertile dans les deux sens, et il est remontant ! De quoi satisfaire les plus exigeants.






AVANT ‘CAHOKIA’

Si le bleu est la couleur la plus courante et la plus appréciée chez les iris, il n’a été ni simple ni facile qu’elle atteigne la perfection. A l’inverse d’autres couleurs qui ont progressé par étapes majeures, le bleu a évolué lentement, se purifiant ou s’approfondissant peu à peu. Cela ne veut pas dire qu’aucun iris marquant ne soit apparu. Mais ceux auxquels ont pense résultent d’une évolution constante et n’ont constitué que des points de passage, sans qu’il y ait une véritable rupture.

Le bleu le plus pur, c’est à dire exempt de violet, existait bien avant que l’on ne découvre les puissants iris tétraploïdes. Ces derniers, que l’on qualifie souvent de bleus, sont plus violacés que réellement bleus, et l’influence de ce coloris a été telle qu’il a été difficile de s’en débarrasser et de retrouver le bleu azur des anciens diploïdes.

Parmi ces derniers, le bleu était bien représenté. Dès 1858, ‘Céleste’ (Lémon) avait atteint une délicieuse pureté. Près d’un demi-siècle plus tard, ‘Mady Carrière’ (Millet 1905) n’arrivait pas à faire mieux !

C’est dans les années 20 que, sur le sol de France, de nouveaux bleus très jolis voient le jour A commencer par ‘Sensation’ (Cayeux F. 1925) qui est l’équivalent des meilleurs bleus américains du moment, comme ‘Conquistador’ (Mohr 1920) ou l’incontournable ‘Santa Barbara’ (Mohr-Mitchell 1925), un bleu clair tétraploïde à l’origine d’une grande partie des bleus actuels après une vingtaine de générations. ‘Sensation’ a été précédé par une variété très belle bien que beaucoup moins connue : ‘Idéal’ (Cayeux F. 1923). Quelle délicatesse, quelle profondeur dans la couleur ! Dans la même lignée on trouve ‘Zampa’ (Cayeux F. 1926), qui se présente avec les mêmes qualités. Enfin, toujours en France, c’est la maison Millet, rivale des Cayeux, qui, pour une fois, remporte le pompon, en 1930, avec ‘Paulette’.

La main passe. Les années trente sont, en matière d’iris bleu, avant tout américaines, avec des variétés qui ont fait le tour du monde, comme ‘Santa Clara’ (Mohr-Mitchell 31), ‘Sierra Blue’ (Essig 32 – DM 35) et, surtout, les deux grands champions que furent ‘Missouri’ (Grinter 32 – DM 37) puis ‘Great Lakes’ (Cousins 38 – DM 42). Quels que soient leurs mérites, je pense néanmoins que le bleu de ces fleurs-là est moins pur et moins joli que celui des français de la décade précédente.

La tentation était grande d’unir ‘Missouri’ et ‘Great Lakes’. L’union a eu lieu. En est résulté un troisième vainqueur de la DM : ‘Chivalry’ (Wills 43 – DM 47), puis, à la génération suivante, un quatrième : ‘Blue Sapphire’ (Schreiner 53 – DM 58) – une belle famille !

Des magnifiques iris français, les Américains ont surtout retenu ‘Sensation’. C’est ainsi que cette variété, mariée à un autre bleu d’origine américaine, ‘Gloriole’, se trouve à l’origine du bleu très pâle ‘Helen McGregor’ (Graves 43 – DM 49), lequel, uni à un descendant de ‘Great Lakes’, a donné naissance à ‘Jane Philips’ (Graves 49), le point de départ d’une longue lignée de bleus. Celle-ci arrivera à être unie à celle générée par ‘Cahokia’ (Faught 46), issue d’une autre branche de la famille de ‘Santa Barbara’ et ‘Santa Clara’, pour créer les grands bleus des temps modernes. Mais ceci est une autre histoire, qui a d’ailleurs déjà été contée ici.

5.9.08







LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Trois variations, par Keith Keppel, sur le thème de l’amoena inversé. Par l’excellente photographe « greenorchid ».

LE BÉNÉFICE DE L’ERREUR
ou la mésaventure de I. reichenbachii

L’un de ceux à qui le monde des iris doit le plus s’appelait Paul Cook. Dès sa jeunesse il s’est intéressé à l’hybridation, faisant ses premiers essais sur les pois. Mais la Première Guerre Mondiale a interrompu ses efforts. Quand il est revenu, avec son ami Bruce Williamson, il a repris ses travaux, les focalisant sur les iris. Une véritable émulation s’est installée entre les deux amis, sans nuire à leur amitié et à leur partenariat commercial. Paul Cook était méticuleux et organisé, de sorte que son travail de croisements était systématiquement planifié. Dans « The World of Irises » Melba Hamblen et Keith Keppel ont écrit : “Son premier travail sur les grands iris a concerné les rouges et les bleus ; il fut l’un des premiers à reconnaître l’importance de la tétraploïdie et à s’efforcer d’obtenir de nouveaux tétraploïdes pour enrichir et diversifier ses lignes de production de grands barbus. »

En 1939, à la recherche d’une saturation des iris bleus, il voulut tenter un croisement avec un espèce naine, I. mellita. Mais il se révéla que son fournisseur de graines avait commis une erreur d’étiquetage, et que l’espèce utilisée n’était pas I. mellita, mais I. reichenbachii.

I.reichenbachii est en effet une espèce naine diploïde, originaire des Balkans, mais plutôt grande pour sa catégorie, avec des feuilles bien développées, en forme de faucille, et de jolies fleurs d’un jaune profond marquées de brun aux sépales. Paul Cook a réalisé en 1944 un croisement entre un de ces I. reichenbachii et le grand iris bleu ‘Shining Waters’ (Douglas circa 35). Le résultat n’a pas été brillant en nombre de graines, mais l’un des semis obtenus, croisé de nouveau avec ‘Shining Waters’, a donné un petit iris de rien du tout. Persévérant, Cook a croisé et re-croisé cet iris avec des grands iris barbus. Il a alors réalisé que l’iris minable issu de ces graines d’ I. reichenbachii, possédait l’extraordinaire capacité d’inhiber le pigment bleu dans les pétales de ses descendants. Cette variété providentielle fut baptisée ‘Progenitor’ et utilisée à maintes reprises pour produire des iris amoenas.

De tous les cultivars issus de ‘Progenitor’, s’il fallait n’en retenir que quatre, ce seraient ‘Melodrama’, Whole Cloth’, ‘Superlation’ et ‘Emma Cook’, parce qu’ils sont absolument exemplaires.

Dans sa très savante contribution sur la génétique des iris pour « The World of Irises », Kenneth K. Kidd explique comment et pourquoi se produit l’inhibition des pigments violets (anthocyaniques) chez les descendants de ‘Progenitor’, dans les pétales essentiellement, mais aussi dans les sépales. Pou faire court, la présence du gène inhibiteur, en plus ou moins grande quantité aboutit à un dégradé de couleur allant du simple neglecta au blanc pratiquement pur. Les quatre variétés citées plus hauts constituent des exemples de cette inhibition à plus ou moins grande échelle. Quand l’inhibition de l’anthocyanine est incomplète, on obtient des fleurs de modèle de ‘Melodrama’, c’est à dire avec des pétales plus clairs que les sépales. Quand l’inhibition s’accentue on arrive au modèle de ‘Whole Cloth’, avec des pétales presque blancs et des sépales qui ont conservé leurs pigments bleus d’origine. L’inhibition peut être plus active et atteindre les sépales, comme chez ‘Superlation’ où une zone blanche apparaît sous les barbes ; elle peut aussi s’accentuer au point de ne laisser apparaître la couleur qu’à l’extrême bord des sépales, comme chez ‘Emma Cook’ (on pourrait penser de ce dernier qu’il s’agit d’un plicata, mais les pointillés caractéristiques de ce modèle sont absents). Cette aptitude ouvre un espace infini dans les variations qu’il est possible d’obtenir, même s’il reste une part de mystère puisque la question du dosage du gène inhibiteur n’est toujours pas éclaircie. Les hybrideurs ne se sont pas privés d’utiliser ces potentialités et la famille des amoenas, auparavant extrêmement restreinte, s’est accrue dans des proportions illimitées. ‘Progenitor’ est apparu en 1951. Ses grands aînés datent de 56, 57 et 58. Cela ne fait donc que cinquante ans que l’on dispose d’amoenas de qualité. Ils sont devenus plus purs, plus contrastés, plus diversifiés. On en trouve dans tous les coloris, jaune, rose, orange, pourpre, avec des barbes contrastantes, rouges ou même tirant sur le noir. Ils sont devenus incontournables, mais on a oublié que c’est au petit Iris reichenbachii qu’on doit cette avalanche de fleurs délicieuses. Cette chronique est là pour lui rendre justice.

30.8.08







LE MIROIR ETAIT PRESQUE PARFAIT
Bluebeard’s Ghost

‘Bluebeard’s Ghost’ est la variété (SDB) qui a été déclarée « meilleur espoir » pour 2008 dans la grande course aux honneurs de l’AIS. Ce qui en fait l’attrait, c’est sa remarquable blancheur et l’intensité de ses barbes bleues.

Les barbes bleues sont plutôt fréquentes chez les iris nains standards, mais pas souvent avec ce degré d’intensité. La curiosité m’a poussée à analyser le pedigree de cet aimable iris, au moins jusqu’à la sixième génération, c’est à dire ce que l’on pourrait qualifier de premier tour dans un tournoi de tennis.

Du côté maternel, ‘Bluebeard’s Ghost’ provient d’un frère de semis de ‘Island Sun’, on ne peut donc pas savoir quel peut en être le coloris. Ce que l’on sait, c’est que ‘Island Sun’ (Black P. 2002) est un iris du modèle ‘Joyce Terry’ (pétales jaunes, sépales blancs liserés de jaune) avec des barbes bleutées. Ses parents allient le mauve lilas de ‘Shy Violet’ (B. Jones 88), le blanc de ‘Sigh’ (P. Black 88) et le « Joyce Terry » de ‘Spin Again’ (P. Black 95).

Du côté paternel on trouve ‘Experiment (P. Black 2005), jaune verdâtre avec des barbes indigo foncé. A partir de cette variété on constate que tout le pedigree est l’exact inverse de celui de ‘Island Sun’. D’où une économie de moyens qui fait qu’il n’y a que 30 semis ou variétés identifiées sur les 64 possibilités présentes en 6eme génération.

Dans chacune des ses branches ‘Bluebeard’s Ghost’ recèle tous les ingrédients qui le caractérisent. Ce genre de croisement est une façon de rechercher un approfondissement des formes et des couleurs : une forme élaborée d’ « inbreeding » - en français « endogamie ». Pour s’en tenir au seul coloris, le blanc des pièces florales vient de ‘Sigh’ et de son lointain ancêtre ‘Snow Flurry’, les barbes bleu vif de ‘Experiment’ et, plus loin, du célèbre ‘Stockholm’ (Warburton 71).

Le travail qui a abouti à une variété aussi valeureuse que ‘Bluebeard’s Ghost’ démontre le grand professionnalisme de Paul Black, son obtenteur. Les amateurs, qui hybrident gentiment dans leur jardin, peuvent s’en inspirer pour tenter de parvenir à un résultat aussi parfait. Il faut toujours suivre l’exemple des grands (du moins en matière d’hybridation) !



MAUVAISE NOTE

Je reçois régulièrement le catalogue VAD de Jacques Briant. Ce n’est pas le plus mauvais, et j’ai feuilleté la version « automne 08 » de sorte que mon attention a été attirée au chapitre des iris.

Trois offres : Trois iris du Japon (JI), six grands iris des jardins (TB) et trois iris de Louisiane (LA).

Les trois premiers sont :
‘August Emperor’ (Marx 61), un ancien mais encore bien présentable, avec ses coloris en pourpre et bleu – mais le nom est mal orthographié, ce qui reste secondaire ;
‘Freckled Geisha’ (Reid 81), un plicata très célèbre ;
‘Butterflies in Flight’ (Aitken 91), une originale association de veines mauves sur fond blanc et de violet pour les styles, avec un signal vert tendre.

Les « iris germanica » selon la dénomination choisie par les rédacteurs du catalogue, mélangent l’ancien et le moderne, sans aucun signalement sur l’origine et la date des variétés sélectionnées :
‘Sultan’s Palace’ (Schreiner 77), un iris de bonne valeur, brun-rouge à barbes assorties, sauf que j’ai des doutes sur la véracité de l’identification car la photo et la description parlent de barbes jaunes ;
‘Frost and Flame’ (Hall 56), une variété fameuse et toujours valable, blanche à barbes minium ;
‘Wine and Roses’ (Hall 63), bitone orchidée/pourpre, connu des tous les amateurs ;
‘Batik’ (Ensminger 80), l’archétype des iris à couleurs rubanées, autrement dit « broken color », qui a frôlé la Médaille de Dykes en 95 ;
‘Blue Eyed Blond’ (Ensminger 89), une variété très intéressante, jaune à barbes bleues, mais qui n’est pas un TB, mais un IB, plutôt tardif, sans que cela soit précisé (ce qui n’est pas non plus bien grave puisque ces plantes sont destinées à un public qui ne s’embarrasse pas de ces détails, mais cela n’est pas très sérieux) ;
enfin ‘Braithwaite’ (Randall 52), libellé Brainwaite (encore une erreur qui ne fait pas honneur au professionnalisme des auteurs du catalogue), un amoena glacier/violet qui est né en Grande Bretagne, ce qui est peu courant pour une plante de grande diffusion.

Le troisième groupe concerne des iris de Louisiane. A noter qu’en ce qui concerne ces hybrides, tout comme les JI dont il a été question plus haut, il est fort peu parlé des difficultés de culture sous notre climat : ce sont des plantes qui sont très gourmandes, et qui demandent des étés chauds et humides (ou considérablement arrosés) et des hivers doux et plutôt secs…
Là encore des variétés d’âge le plus divers :
‘Black Gamecock’ (Chowning 78), une très intéressante variété dans les tons sombres ;
‘Bold Pretender’ (Morgan 83), libellé abusivement « Bald Pretender », joli iris rouge ;
et pour finir un certain ‘Asazumafune’ qui m’a mis la puce à l’oreille. Manifestement la photo ne représente pas un LA, mais plutôt un JI. Et j’ai trouvé sur Internet qu’il s’agit effectivement d’un iris du Japon, qui est en vente à la pépinière Kamo, à Yokohama, mais qui ne semble pas avoir été enregistré en Occident. C’est un bel iris bleu, mais le proposer comme Louisiane est un peu osé !

Tout ceci sent l’à-peu-près et me paraît faire preuve d’un certain manque de respect du client. C’est dommage de la part d’une entreprise qui se voudrait sérieuse.

22.8.08











LE FACTEUR MANDARINE

Une des caractéristiques des iris rose orchidée apparus dans les années 30 était de présenter des barbes couleur mandarine. Cette vive couleur avait pour avantage de donner plus d’éclat aux fleurs qui l’arboraient et les hybrideurs de l’époque se sont efforcés de rendre ces barbes d’un orange plus vif, puis de les faire apparaître sur des fleurs d’une autre teinte que rose violacé.

Mais pour arriver au résultat recherché, il y a deux chemins : soit en modifiant la couleur des pièces florales tout en conservant les barbes d’origine, soit en transférant les barbes mandarines vers des fleurs d’une autre couleur. Ces deux chemins ont été utilisés.

Melba Hamblen fait partie de ceux qui ont essayé la première voie. Elle a croisé des roses et des bleus. Par ce moyen elle a obtenu ‘Enchanted Violet’ (57) qui n’est ni rose ni bleu, mais plutôt couleur bruyère, avec des barbes orangées. Mais il lui fallut pas mal d’obstination pour parvenir, quinze ans plus tard, à ‘Tipperary’ (72), qui peut être considéré comme le plus achevé, pour son époque, des iris bleus à barbes rouges.

Orville Fay, lui, a choisi la deuxième voie. Il a décidé de créer des blancs à barbes rouges. Il a croisé des iris blancs, notamment ‘New Snow’, avec des roses orchidée à barbes mandarines, mais le résultat, long à venir, fut plutôt un iris mauve, porteur des fameuses barbes, qui allait devenir l’un des plus utilisés en hybridation de tous les temps : ‘Rippling Waters’ (61). Dans le domaine des mauves – ou violets – à barbes mandarine, il a pour descendants des variétés aussi répandues que ‘San Leandro’ (Gaulter 68) ou ‘Lilac Treat’ (Niswonger 70), mais aussi ‘Raspberry Ripples’ (Niswonger 69), ‘Space Blazer’ (Gibson 76), ou ‘Mulled Wine’ (Keppel 82). Il y a beaucoup d’autres variétés, dans un vaste choix de coloris ou de nuances, qui ont hérité des barbes mandarines de ‘Rippling Waters’, comme par exemple ‘Country Lilac’ (Hamblen 71).

Des blancs à barbes rouges, il y en a eu très vite, et les travaux d’Orville Fay ont payé : à commencer par ‘Lipstick’ (54) et surtout son descendant ‘Arctic Flame (57). ‘Christmas Time’ (Schreiner 65) fait partie de la descendance d’ ‘Arctic Flame’, et on lui doit de très nombreux blancs à barbes minium, comme ‘Startler’ (Schreiner 78), Filoli (Corlew 82) ou les français ‘As de Cœur’ et ‘Neige de Mai’ (Cayeux 78).

Dans l’association bleu + barbes rouges, on est arrivé aujourd’hui à d’excellents résultats, mais le chemin a été long et plein d’embûches. L’une des pierres angulaires de ce coloris fut ‘Marquesan Skies’ (Blocher 67), dérivé d’un frère de semis de ‘Arctic Flame’. Keppel l’a utilisé avec succès pour son ‘Actress’ (76), très apprécié, et ‘Fire Water’ (77) moins connu. ‘Skyblaze’ (Keppel 87 –FO 90) est issu à la fois de l’un et de l’autre, tout comme le très joli ‘Douce France’ (Anfosso P. 88). Parmi ses propres descendants se trouvent les deux frères de semis de Richard Cayeux ‘Eau Vive’ et ‘Princesse Caroline de Monaco’ (97). Celui-ci, en plus de porter l’un des noms les plus longs du catalogue, arbore une barbe rouge minium qui fait son succès.

Le facteur mandarine, qui intriguait tant les hybrideurs des années 30/40 c’est ainsi répandu dans toutes les couleurs. Après les rose orchidée, les blancs et les bleus, on pourrait parler des jaunes, et même des noirs.

Pour les jaunes, on peut même dire que ce n’est pas la barbe mandarine qui leur a été adjointe, mais au contraire que c’est la barbe mandarine qui leur a apporté une amélioration remarquable. En apportent la preuve ‘Techny Chime’ (Reckamp 55), Rainbow Gold’ (Plough 59), puis ‘Temple Gold’ (Luihn 77), ou ‘Flaming Victory’ (Weiler 83). Ce dernier a donné naissance à un tas de jaunes très riches avec des barbes allant du vieil or au mandarine et au rouge vif, comme ‘Throb’ (Weiler 91), ‘Amarillo Frills (Hager 2002) et ‘Lunar Flame’ (Shockey 92).

Les barbes minium ont aussi fait leur apparition sur les fleurs noires. Cela ne date que des dernières années, et ce n’est pas encore parfait, mais c’est une nouvelle avancée. C’est d’Australie que le mouvement est parti avec ‘Witch’s Wand’ (Blyth B. 88). Keith Keppel, le compère de Barry Blyth, lui a emboîté le pas avec ‘Night Game’ (96) puis, cette année, ‘Midnight Passion’ issu de ‘Night Game’.

Ces quelques exemples ne font évidemment pas le tour complet de l’influence du facteur mandarine et de sa charge de lycopène, mais ils ouvrent une vue sur un autre aspect de l’extraordinaire monde des iris.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

A la Convention américaine (Austin – Texas) 2008

President’s Cup
( Meilleur iris en provenance de la Région organisatrice) = ‘Jean Queen’ (Burseen 2005)
Franklin-Cook Cup
(Meilleur iris en provenance d’une autre Région) = ‘Gypsy Lord’ (Keppel 2006)
Hager Cup
(Meilleur iris autre que TB) = BB ‘Crow’s Feet’ (Black P. 2006)